Bloc notes



 

Les baronnies mode d'emploi d'un fragment de paradis

(exposé de Patrick Ollivier-Elliott lors de l’AG du GPENB du 22/04/2008)


couverture livre


Le thème que vous m'avez demandé de traiter est "la place des Baronnies par rapport à ses voisins". En somme, je dois vous démontrer, ou vous confirmer, que nous sommes bien les meilleurs !

Sur ce thème en tout cas, je me suis livré à une analyse pour essayer de déceler quelles étaient effectivement nos spécificités, et j'en ai trouvé dix, ce qui a l'avantage d'être un nombre rond et satisfait donc l'esprit.

Les voici.



1 – Une unité qui s'est concrétisé très tôt dans l'Histoire :


Dès le haut Moyen-Âge exista la grande baronnie de Percipia, puis de Ripert de Mévouillon.
Cette unité territoriale historique, seulement deux de nos voisins l'auront :
le Diois, passé sous la coupe de l'évêché de Die du Moyen-Âge jusqu'à la Révolution, et le comté de Sault, mais plus tardivement. Les deux relèvent d'ailleurs d'une unité géographique, comme les Baronnies.
Cette unité historique, ni le Dieulefitois, ni la Valdaine, ni le Tricastin, ni ce que l'on appelle aujourd'hui le Luberon ne l'auront. Quant au Ventoux, autant traiter son cas tout de suite, aussi beau et sympathique soit il : il n'y pas historiquement de "pays du Ventoux". Je ne conteste pas l'intérêt que les zones périphériques au grand mont puissent trouver à se regrouper dans le futur, mais il s'agira d'une construction moderne, permettant peut-être de mieux valoriser leurs intérêts, mais ne reposant pas sur la reconstruction d'une ancienne unité historique : le Ventoux est une montagne, essentiellement inhabitée, donc une séparation et non un lien. Les pays bordiers le regardent avec admiration, mais dans l'Histoire ils furent respectivement tournés vers les Baronnies pour le Montbrunais, le haut plateau et les monts d'Albion pour le Saltésien, ou Carpentras pour le secteur au Sud et Ouest du Ventoux.


2- Un territoire défini naturellement par sa géographie : 

un vaste quadrilatère de demi montagnes, compris entre :
le Buech à l'Est
la vallée du Rhône à l'ouest,
la barre Ventoux-Lure au Sud,
la ligne Angèle et Laup-Dufre au Nord

Donc un pays qui n'eut pas besoin de planter des bornes tant ses limites physiques sont claires.Le contre-exemple est l'Enclave, construction certes historique mais géographiquement artificielle, sans frontières physique : sans les nombreuses bornes que planta la papauté sur son périmètre, l'Enclave était physiquement indécelable.



L'auteur lors d'un "printemps du parc"  à Mévouillon en 2004


3 – Un pays de petits ensembles habités,

presque des "petits royaumes", autrefois bien reliés entre eux par des myriades de chemins, et ce en dépit de circulations alors difficiles : vallée de Sainte-Jalle, vallée de l'Ouvèze, bassin de Montrbrun-Reihanette, bassin de La Motte, bassin de Rémusat.

Donc pays où l'on reste plutôt qu'un pays que l'on traverse, et où donc les racines demeurent plus fortes

Contrairement :

  • au Luberon, essentiellement fait de deux couloirs (vallée d'Apt, vallée de la Durance) ;

  • au Tricastin, ouvert à tous les vents ;

  • au Diois, qui n'est qu'un seul gros bassin sur lequel convergent toutes les petites vallées.


4 – Un territoire encadré par ses villes,

qui furent autant de postes-frontières : Nyons, Le Buis, Serres et Orpierre (la "ville" ayant ensuite glissé sur Laragne).

Mais pas de villes au coeur du territoire, contrairement à Die et Dieulefit, au centre de leur bassin, ou Apt et Pertuis, au milieu de leurs couloirs.

Donc à l'intérieur un pays resté plus pur : prenant exemple sur les seigneurs de Mévouillon et de Montauban, les Baronniards ont installé le résidentiel et le commerce aux avant-postes, se gardant les greniers à grains et les montagnes-refuges à l'intérieur.


5 – Un peuple qui a fait son Histoire, et ne s'est pas contenté de la subir.

Les Baronnies ont été très marqués par les Guerres de Religion, comme toute la région et même une bonne partie de la France, mais avec la particularité que les principaux chefs militaires du grand Sud-Est furent des Baronnies : Charles Dupuy-Montbrun, Hector de la Tour-Gouvernet, Gaspard Pape de Saint-Auban et Thollon de Sainte-Jalle.

Donc un peuple qui prend son destin en main, avec un fond de pureté et de rigueur que révèle sa forte adhésion à la Réforme. Ce fut donc un peuple considéré comme rebelle.

Accessoirement, hélas, il en résulta une forte saignée dans le patrimoine puisque nos places-fortes trop fortes furent démantelées vers 1630, d'où la perte de citadelles exceptionnelles comme Les Guards (Nyons) ou Mévouillon. Ce démantèlement de places fortes ne frappa que peu nos voisins, sauf le Diois lui aussi trop favorable au protestantisme.


6 – Un climat "rude mais vivifiant",

ni humide comme le Diois ou le Dieulefitois, ni laminé par le mistral comme le Tricastin, ni sec comme Luberon, ni neigeux comme le Vercors.

Il en résulte une végétation, et donc des paysages, où s'entremêlent le méridional et l'alpestre, donc un équilibre harmonieux. Les Baronnies ont donc ce côté merveilleux d'être une contrée "fréquentable" en toutes saisons.

En Luberon, il est devenu interdit de se promener dans les massifs en été …




7 – Une variété et une pureté des paysages sans égales :

du méditerranéen, du montagnard, du collinaire, des rivières, de grands pâturages. Et aussi ce charme des pays habités où pointe toujours le clocher d'une église, la fumée d'une ferme, la silhouette d'une vieille tour.

En fait, de grands espaces où l'on peut partir à l'aventure sans être dans des conditions extrêmes, tout en navigant dans des "déserts".

Afin de ne vexer personne, je ne nommerai pas les injures visuelles dont se sont parés nombre de nos voisins et amis, et qui les transforment doucement une partie de leurs paysages en banlieues ou en parcs d'attraction.


8 – Des villages modestes en taille, mais toujours très beaux.

Des villages avec certes peu de grands monuments, mais beaucoup de petits (en particulier églises et vestiges de châteaux), et surtout un patrimoine "mineur" très riche : architecture des fermes, maisons Renaissance dans les villages, linteaux… Un régal pour le visiteur qui aime traquer le détail raffiné ou insolite.


9 - Une économie qui demeure rurale, tout en assimilant l'apport du tourisme.

Et ce malgré les difficultés "extérieures" telles les chutes périodiques, si ce n'est récurrentes, des cours comme celui de la lavande, du tilleul.

Il reste chez nous – mais non sans difficultés – une variété de cultures qui marque encore la contrée et lui confère un maintien au pays plus fort qu'ailleurs. Je crois aussi que les Baronnies sont un pays qui a pu jusqu'ici assimiler les apports et bienfaits du tourisme et des résidences secondaires, sans se transformer en sanctuaire pour milliardaires étrangers ou en parc de loisirs

Attention, tout n'est pas rose, et à cause de notre souhait de faire connaître notre pays, à cause d'idiots comme moi qui écrivent des livres pour inciter les gens à partir à la découverte, on arrive hélas à des excès liés au tourisme, comme l'interdiction d'aller se promener sur Angèle, ou la multiplication des panneaux sans valeur légale mais bien inamicaux que sont les "interdit sauf riverains".

Et nous avons perdu nos foires au tilleul traditionnelles de Villefranche et de La Charce.


10 - Un sentiment d'appartenance à un pays,

sentiment qui a dépassé les clivages politico-administratifs à travers tous les temps : plus je connais les Baronnies et leurs habitants, plus j'ai la conviction que les morceaux de la grande Baronnie – ultérieurement éclatés entre Drôme, Vaucluse, Basses-Alpes et Hautes Alpes – demeurent tous baronniards de cœur, quel que soit leur département.

C'est inscrit dans vos cœurs depuis au moins mille ans.

Faisons que cela continue à se transmettre aux futures générations.



Du même auteur :


Luberon d’Apt (Edisud)

Luberon d’Aigues (Edisud)

Terres de Sault, Albion et Banon (Edisud)

Les Baronnies (Edisud)

Au soleil du Ventoux (Aubanel)

Terres du Ventoux et  Carpentras (Edisud)

Pays des sorgues, monts de Vaucluse et Cavaillon (en préparation)

La Provence Verte (Edisud)

Pays de Lure, Forcalquier et Manosque (Edisud)

Une Provence des senteurs (Edisud)

Vallée de la Drôme et terres voisines (Edisud)